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Les deux annexions de l’Alsace-Moselle : 1871 et 1940 (12/14)

L’école n’a pas repris en octobre 1944, le front se rapprochait et les alertes aériennes devenaient de plus en plus fréquentes.

Déjà en 1941, à Stiring, les nazis avaient transformé la maison d’œuvres sur la place de Wendel en «Russenlager ») camp pour les civils russes. Au Habsterdick était installé un camp pour les soldats prisonniers russes. Ceux-ci étaient tous occupés dans les mines. Tous les jours, à chaque changement de poste, on voyait de longues colonnes de prisonniers russes, à pied, escortés par des soldats allemands, se diriger vers les sièges d’extraction où ils travaillaient. Ils étaient mal nourris, mais devaient travailler très dur dans des conditions toujours déplorables. Les habitants de la région s’en sont apitoyés et les ravitaillaient en cachette. Au fond de la mine, les mineurs mosellans partageaient quand ils le pouvaient, leur casse-croûte avec les Russes, compagnons d’infortune. Mais les gens charitables ainsi que les mineurs, lorsqu’ils furent surpris, se sont fait réprimander sévèrement par les surveillants allemands.

A ce propos je veux témoigner d’un fait que j’ai personnellement vécu :

En été 1943 ou 1944, en jouant dans la rue, un prisonnier de guerre russe m’a accosté seul. Il m’a offert une petite chaîne en fil de fer qu’il avait fabriquée en me demandant en contrepartie un morceau de pain. Je lui ai dit d’attendre un instant et je suis allé voir ma mère qui est sortie avec un grand morceau de pain et une poire. Nous les avons donnés au russe. Le prisonnier qui est sorti en cachette du camp, a regardé à droite et à gauche pour être sûr de ne pas être surveillé par quelqu’un, a pris le pain et le fruit et les a engloutis devant nous en une vitesse record. Jamais, je n’avais vu quelqu’un avoir aussi faim et être aussi reconnaissant envers nous.

A Stiring, on prenait le tramway pour aller à Sarrebruck. A la Brême d’Or ? l’ex-ligne de Forbach était maintenant rattachée directement à celle de Sarrebruck. Plus besoin de descendre les escaliers pour changer de voiture.

Le trafic de voyageurs était intense. Beaucoup de Mosellans travaillaient à Sarrebruck et beaucoup de Sarrois étaient occupés en Moselle.

Mais on ignorait totalement que vers la commune d’Alsting des SS avaient implanté dès le début de 1943 un camp de concentration « Neue Bremm ».

On devait apprendre, par la suite, après la guerre, que ce camp qui servait initialement de camp de passage, se transformait peu à peu en vrai camp de concentration. Il n’avait pas l’ampleur des camps de Dachau, Auschwitz ou autres, mais les horreurs qui y étaient pratiquées, n’enviaient en rien celles des autres camps de la mort.

Après la guerre, au procès de Rastadt, les dirigeants SS de ce camp de la Brême d’Or furent tous condamnés. Des peines de prison à vie et des peines de mort furent prononcées.

Mon frère Marcel

En automne 1943, mon frère Marcel est parti au service militaire, malgré son état de santé déficient qui lui avait permis d’avoir un sursis d’une année. Cette fois-ci, plus de sursis. Apte au service armé.

Il a fait ses classes au centre d’instruction de Zeitz (Saxe Anhalt) et fut affecté ensuite à Naumburg-an-der-Saale (Saxe Anhalt) et enfin à Chemnitz (Saxe) d’où il aurait dû rejoindre le front russe. Il a retrouvé à Chemnitz un sous-officier allemand avec lequel il a travaillé à Naumburg qui lui a recommandé de poser une permission que les Alsaciens-Lorrains n’obtenaient pas, mais qui contre toute attente a été accordée, mais uniquement à destination du Palatinat où habitait une sœur de mon père, la Lorraine étant déjà considérée comme occupée par les alliés.

Grâce à la complicité d’un chauffeur de camion que notre tante connaissait, il a pu arriver jusqu’à Sarrebruck et passer le pont de la Sarre grâce à l’aide de seniors, anciens combattants de 1914-1918 qui étaient mobilisés près de l’ancienne frontière franco-allemande.

Il est finalement arrivé à la maison au mois de janvier 1945, alors que le front américain était à quelques kilomètres de Forbach. Ça tient du miracle jusque-là pour tomber dans l’horreur quand, caché pendant trois semaines, il a traversé avec un ami aussi malgré-nous, la ligne de front, pour devenir à Forbach, prisonnier de guerre allemand et être interné à Chalon-sur-Saône et rentrer presque mourant quelques mois plus tard.

Schanzen

Dès septembre 1944, les hommes qui travaillaient aux houillères et tous ceux qui étaient employés dans d’autres entreprises, étaient contraints de travailler les samedis et dimanches à la défense du territoire. Ce travail s’appelait « schanzen ». Le verbe « schanzen » se traduit par : élever des remparts, des fortifications. Ici, c’était « creuser des tranchées antichars ». Panzergraben : tranchée antichars. Panzer : char. Graben : tranchée.

Le 30 septembre 1944, un train qui ramenait ces Schanzer fut attaqué par des avions chasseurs bombardiers faisant 20 morts et une cinquantaine de blessés. Par la suite, des familles entières, père, mère et enfants à partir de 14 ans devaient schanzen 12 heures par jour.

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