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Les deux annexions de l’Alsace-Moselle : 1871 et 1940 (11/14)

Le mois d’août de l’année 1942 est celui de l’intensification de la germanisation et du régime national-socialiste. La Hitlerjugend devient obligatoire pour les jeunes Mosellans le 4 août. Une ordonnance du 19 août a institué le service obligatoire dans la Wehrmacht pour les Mosellans. Dix jours plus tard, une seconde ordonnance, portant sur l’octroi de la nationalité allemande à l’ensemble des Mosellans, rend applicable l’incorporation des jeunes gens – les futurs Malgré-Nous- dans l’armée allemande.

Sur les 130.000 incorporés de force en Alsace-Moselle, plus de 90.000 rentrent en 1945, 22.000 meurent au combat et les autres meurent en détention ou sont portés disparus.

Pour ces années-là, voici ce que mon frère écrit dans ses mémoires

Fin 1942 :

Pour obtenir une promotion dans son travail, mon père était obligé de suivre à nouveau les cours de l’école de porions. Ses collègues qui avaient intégré une formation nazie (SA, NSKK, et.)n’avaient par contre pas besoin de se soumettre à un tel recyclage (Umschulung). Ils étaient classés d’office. Notre mésaventure de Saint-Dizier pesait toujours lourdement sur le dossier professionnel et civil de mon père et cela lui faisait mal et lui en coûtait. Malgré les offres parfois pressantes qui lui étaient faites par les nazis, il ne s’est jamais engagé politiquement.

Je sais aussi que pour saluer les supérieurs les ouvriers étaient obligés de dire Heil Hitler. Mais la plupart continuaient de dire Glück Auf. Glück = bonheur, Auf = vers le haut. On le disait avant de descendre, mais surtout avant de remonter du fond de la mine, l’espoir de revoir le jour. Enfin, Glück Auf est le signe de ralliement des mineurs.

1943 :

Dans tout le bassin houiller, comme partout en Moselle, les nazis étaient au pouvoir et dirigeaient les opérations. De l’Atlantique jusqu’aux profondeurs de la Russie, de la Norvège jusqu’au Nord de l’Afrique, l’armée allemande se battait sur tous les fronts. Elle avait beaucoup de peine à maîtriser tous les territoires occupés où partout la résistance commençait à s’organiser.

Pour ces raisons, les Allemands avaient besoin de beaucoup de soldats. Ils enrôlaient tous ceux qu’ils pouvaient mettre sous leur coupe, de gré ou de force. Tous les moyens, tous les prétextes étaient bons.

Combien de malgré-nous mosellans ont ainsi été sacrifiés ?

Beaucoup de jeunes gens de chez nous sont partis secrètement pour rejoindre l’intérieur de la France. Ils étaient nombreux à être interceptés à la frontière par les chiens policiers des nazis. Ils ont été emprisonnés, torturés et finalement internés dans des camps de concentration…

De nombreux Mosellans étaient déjà tombés sur les différents fronts en Russie, en Italie, en Yougoslavie ou ailleurs. Faisant partie de la Wehrmacht, ils portaient l’uniforme allemand, malgré eux. Presque chaque jour, on annonçait de nouvelles victimes. Dans chaque paroisse eurent lieu des messes pour les jeunes malgré-nous tombés à la guerre. On comptait également de nombreux blessés. Beaucoup devinrent invalides à vie. D’autres furent fait prisonniers et connurent les horreurs des camps de Tambov ou autres en Russie.

Dans ma rue du n°1 au 40, nous comptons alors 2 morts et 2 disparus.

Après les expulsions massives de 1940 et 1941 des indésirables vers la France, les nazis commencèrent début 1943 à transplanter les Mosellans politiquement non fiables (politisch unzuverlässig) en Silésie et en Bohème-Moravie. La pression s’accentuait encore…

Pour être maintenus dans leur emploi, les fonctionnaires mosellans étaient obligés de se reconvertir. Ceux de la région de Forbach fréquentaient l’école d’administration de Sarrebruck et les autres allaient à l’école d’administration de Saint-Avold qui n’était qu’une succursale de celle de Sarrebruck. Bien-entendu tous les enseignants de ces écoles étaient des Allemands qui s’employaient à inculquer aux Mosellans non seulement le droit administratif allemand, mais encore et surtout le droit nazi.

Dans les écoles primaires et secondaires, les enfants n’apprenaient plus le français, mais uniquement l’allemand. Il n’est donc pas étonnant que les jeunes de cette époque qui, avant 1939 apprenaient le français, de 1940 à 1944 l’allemand, et après 1945, de nouveau le français, ne connaissaient à leur sortie d’école, ni correctement le français, ni correctement l’allemand. Cet état de choses constituait indéniablement un grand handicap pour leur avenir.

A ce sujet, je veux vous parler de mon année d’école :

C’est au mois d’octobre 1943 que j’ai intégré l’école de Vieux-Stiring (pendant la guerre, il n’y avait à Stiring, ni école maternelle, ni jardin d’enfants). Die erste Klasse, la première classe correspond au cours préparatoire français. Nous avions cours le matin de 8 à 11 H. En cas d’alarme aérienne, nous rentrions à la maison. J’ai eu en 6 mois d’école trois institutrices toutes originaires d’Allemagne. La classe commençait par un chant appris les jours précédents et avant de nous asseoir, nous faisions le salut au Führer « Heil Hitler ». Nous avions appris à calculer au moyen de bâtonnets avec lesquels nous faisions des exercices d’additions et de soustractions.

Nous avons appris à écrire sur des ardoises. La première lettre enseignée était le « i ».

Le livre de lecture ne comprenait que des textes de caractère manuscrit latin. C’est en 1942 que le régime nazi a supprimé l’allemand gothique.

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