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Dijon, le musée des Beaux-arts

Dans le cadre d’une visite du musée des Beaux-arts de Dijon, situé dans le palais des ducs de Bourgogne, replaçons son histoire dans la grande Histoire…

La visite « Dijon, Musée des Beaux-Arts, parcours du Moyen âge à la Renaissance dans la première partie rénovée du musée et visite du salon Gaulin, du XVIIIè siècle » sera présentée au travers de plusieurs articles.

Palais des ducs et musée

Alice, notre guide du musée nous conduit à travers le Palais des Ducs. Sa construction a commencé au XIVè siècle, sous Philippe-le-Hardi. Sa première transformation date de Philippe-le-Bon, son fils.
Actuellement, le palais des ducs a la même configuration. Chaque siècle a vu des changements. Le musée s’y installe en 1766.
Depuis ce temps, il a besoin d’agrandissements.
Le XXIè siècle en voit enfin la réalisation, confiée à Éric Pallot, architecte en chef des monuments historiques et aux Ateliers Lion Architectes Urbanistes. Le budget total de 60 millions d’euros, est porté par la Ville de Dijon, l’État, le Conseil Régional de Bourgogne et le Grand Dijon.
Ayant choisi l’option musée ouvert, la restauration va plus s’étaler dans le temps.
Dans le palais des ducs, les travaux de la 1ère tranche ont duré plus de 5 ans. Les œuvres présentées ont été restaurées, certaines l’étaient depuis peu : les tombeaux et d’autres  avaient pris de l’avance : les retables de Champmol, par exemple.
Au départ 3 tranches de travaux avaient été prévues, les tranches 2 et 3 se feront simultanément. Cette 2ème tranche, unique, concernera les XVIIe / XVIIe (aile XVIIe)  et  XIXe / XXe (aile XIXe). Les travaux  devraient commencer cette année, et durer 4 à 6 ans. La tour de Bar, construite vers 1365, en  fera également partie.
Les Amis de la Médiathèque de Dole (AMD) ont la chance de visiter la partie rénovée, réouverte au public en septembre 2013 : Moyen Âge et Renaissance, plus de surface d’exposition, plus de 500 œuvres présentées. A cette visite s’ajoute celle d’une pièce historique du XVIIIe siècle.

Le duché de Bourgogne au Moyen Age

Ce duché, depuis 880, a toujours appartenu au royaume de France avec un lien familial entre ducs et rois de France.
A partir du Xè siècle, les Capétiens de la 1ère maison de Bourgogne, son dernier duc Philippe 1er de Rouvres, meurt à 15 ans de la peste, sans héritier, en 1361.
Commence alors la lignée des Valois/Bourgogne, avec Philippe-le-Hardi, 4ème fils du roi de France Jean II dit Jean-le-Bon.
La période est très troublée : refroidissement du temps avec des conséquences sur les récoltes, crise de la féodalité, manipulations monétaires, grande peste, guerre de Cent Ans. Jean-le-Bon fait prisonnier par les Anglais lors de la défaite de Poitiers en 1356. C’est là que son plus jeune fils, Philippe, âgé de 14 ans, y acquiert son surnom de Hardi (Père, gardez-vous à droite ! Gardez-vous à gauche !). Le roi de France est retenu pendant 5 ans et la rançon à payer est énorme.
Pour résoudre des problèmes de gouvernance, Jean-le-Bon divise le domaine royal en quatre principautés qu’il donne à ses fils en apanage : à l’aîné Charles le duché de Normandie, à Louis le Maine et l’Anjou, à Jean le Berry (le duc aux des Riches Heures) et à Philippe la Bourgogne.

Les 4 grands ducs

Philippe-le-Hardi, Philippe II de Bourgogne, épouse Marguerite de Flandre en 1369, fille unique du comte de Flandre et veuve de Philippe-de-Rouvres. Elle apporte une grande fortune et les Flandres. Les Flandres sont un grand foyer artistique, et Philippe devient un mécène, dans une Bourgogne prospère, il autorise le commerce des œuvres d’art à travers l’Europe. Il refait Dijon, y construit son palais. Il gagne de nombreux territoires et pendant les 35 ans de son principat, multiplie par deux la superficie du duché de Bourgogne. Il décède en 1404 à 62 ans.

Jean-sans-Peur, Jean 1er de Bourgogne, règne différemment de son père. Il convoite la couronne de France. Comme oncle et tuteur du roi fou Charles VI, il s’oppose au frère de celui-ci, Louis d’Orléans, son neveu, qu’il fait tuer par traitrise en 1407 (traquenard sous prétexte de pourparlers pour trouver un compromis). Cet assassinat provoque la guerre entre Armagnacs et Bourguignons. Les Armagnacs, utilisant le même traquenard que le duc, le font tuer en 1419 à Montereau. Son principat aura duré 14 ans.

Philippe-le-Bon, Philippe III de Bourgogne, tient le duché à distance du roi de France en créant l’Ordre de la Toison d’Or, qui lui permet de s’allier les nobles possesseurs chacun d’une armée de paysans, et de disposer ainsi de nombreuses armées. Il rénove le palais de son grand-père, qui garde, aujourd’hui, la même disposition. Premier mariage à 13 ans avec Michelle de Valois, âgée de 14 ans et fille de Charles VI. Leur fille, Agnès de Bourgogne ne survit pas et la duchesse meurt en 1422. Second mariage, en 1424, avec Bonne, fille du comte d’Artois, elle décède sans enfant un an plus tard. Troisièmes noces en 1430, avec Isabelle du Portugal, seule fille survivante du roi Jean 1er du Portugal, ils auront 3 fils, ne survivront pas Antoine et Josse nés en 1430 et 1432, celui né en 1433 deviendra Charles-le-Téméraire (de ses nombreuses maîtresses, le duc Philippe aura une trentaine de bâtards reconnus, fils et filles).
Isabelle du Portugal est une duchesse exceptionnelle : face au duc, elle est la voix du peuple dont elle est aimée, elle pousse Philippe à créer la Toison d’Or, à pactiser avec les Anglais (seconde phase de la guerre de Cent ans)…
Lorsqu’il meurt en 1467, l’Etat bourguignon de Philippe-le-Bon encercle l’est et le nord du royaume de France : il est Duc de Bourgogne, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, comte de Bourgogne, de Flandre, de Hollande, de Hainaut, de Namur, d’Artois, d’Auxerre, de Charolais. Il est «plus riche que 10 rois», dit-on. Son principat a duré un peu plus de 47 ans.

Charles-le Téméraire, duc à 34 ans en 1467, a une expérience politique, il veut tout réformer. C’est un homme valeureux, généreux, proche du peuple, et est fidèle à son épouse Isabelle de Bourbon. Il gouverne un Etat bourguignon1 plus grand et plus riche que la France et que l’Angleterre. Cette richesse le rend orgueilleux, il se déclare affranchi de la suzeraineté du roi de France, veut unifier et encore agrandir son territoire en constituant un grand royaume rhénan. Il s’empare du comté de Gueldre (de part et d’autre du Bas-Rhin), veut la Lorraine2. Mais piètre militaire et refusant tout conseil, il échoue devant Nancy contre les coalisés lorrains et suisses le 5 janvier 14773. Il n’est pas parvenu à s’adapter aux réalités du terrain et a perdu ses Etats et la vie en moins de 10 ans. Marie de Bourgogne, fille unique du Téméraire préfère épouser Maximilien Habsbourg, plutôt que le fils de Louis XI (âgé d’1 an).
Fin des grands ducs bourguignons, le duché rejoint le royaume de France. Pas le comté que récupère Marie de Bourgogne.

Le Téméraire retrouvé après la bataille de Nancy par Augustin Feyen-Perrin en 1865 - mba

Le Téméraire retrouvé après la bataille de Nancy
par Augustin Feyen-Perrin en 1865 – mba

Poursuite de la visite avec la salle du 1er étage du Musée des Beaux-arts de Dijon.
De 1367 avec Philippe-le Hardi à la mort de Charles-le-Téméraire en 1477, un siècle pendant lequel l’art évolue.

L’art du portrait, salle des ducs de Bourgogne

Les portraits ont leur destination dans les collections des princes : les inventaires de leurs biens en témoignent. Ils ont vocation à être transmis à leurs héritiers. Des copies sont en sont réalisées pour des lieux liés à la dynastie comme la chartreuse de Champmol, nécropole des ducs de Bourgogne, ou publics comme l’hôtel de ville de Lille où les ducs prirent place à la suite des portraits des comtes de Flandre. Ces multitudes de copies, 150 000, envoyées à tous les nobles d’Europe, sont faites par les ateliers des peintres et présentent des différences.
Le portrait officiel largement diffusé est une invention du XVe siècle, que les ducs de Bourgogne ont su mettre au service de leur prestige.

Le portrait de Philippe-le-Hardi

La pourtraiture et semblance de la personne de monditseigneur le représente de profil. C’est par le profil que les peintres cherchent à saisir la physionomie : sourcils arqués, nez fort, menton empâté par l’âge. Il est vêtu de sombre (vert foncé) pour faire ressortir la couleur de son visage. Le noir blanchissant au lavage, est le symbole de la richesse : si le noir est inattaqué, le vêtement est neuf ou peu porté. Philippe II de Bourgogne arbore de somptueux bijoux qui attestent de son goût du luxe : broche sur le chapeau, pendentif, col cousu de pierreries et dans le dos l’ordre de la Cosse de Genêt créé par le roi Charles VI son neveu.
Le duc donne l’image d’un prince riche, bon, proche du peuple.

Jean Sans Peur (dépôt du Musée du Louvre

Jean Sans Peur (dépôt du Musée du Louvre)

Le portrait de Jean-sans-Peur

Le deuxième duc est aussi représenté de profil, vêtu somptueusement de couleurs sombres dont du rouge. Il est en guerre : sourcils froncés, lèvres pincées, strict, sévère. Il tient l’anneau d’or serti d’un rubis acheté en 1397 par Philippe le Hardi. Ce Rubis de Bourgogne était le symbole des ducs, il était conservé Saint-Bénigne et devait être remis par l’abbé à tout nouveau duc. Le tableau pourrait donc correspondre à sa prise de possession du duché en 1404. Selon une mention des comptes ducaux, son peintre attitré, Jean Malouel réalisa un portrait de lui en 1413 qui fut offert au roi de Portugal : le portrait est aussi un cadeau diplomatique. Sa main droite posée sur une tapisserie représentant des fleurs de lys : il montre son ambition de devenir roi de France.
Ces deux portraits sont de la même facture.

Philippe le Bon

Le portrait de Philippe-le-Bon

Aux débuts de la recherche de la perspective, le troisième duc est placé de trois-quart, le trois-quart devient la règle dans les portraits. Le modelé donne de la profondeur. Vêtu de noir, il porte le deuil de son père assassiné. Le collier de la Toison d’Or, se détache sur ce noir. L’ordre de chevalerie qu’il a créé en 1430, était à l’époque, le plus puissant et existe toujours aujourd’hui. A don index est glissée la bague au Rubis de Bourgogne. Dans ses mains, le rouleau de parchemin atteste qu’il est lettré (ou de son application à l’administration de ses états). On attribue la version originale du tableau au peintre officiel du duc, Rogier van der Weyden, vers 1445. L’examen de celle de Dijon à la réflectographie infrarouge a permis de voir que le dessin sous-jacent est réalisé à partir d’un poncifi, qui permet de réaliser des copies dans l’atelier du peintre.

La duchesse de Bourgogne arrêtée aux portes de Bruges

La duchesse de Bourgogne arrêtée aux portes de Bruges

La duchesse de Bourgogne arrêtée aux portes de Bruges ou la révolte de Bruges en 1436. Isabelle du Portugal protège de son bras, Charles, futur Téméraire, âgé de 3 ans. Sophie Rude, 1841, Musée des Beaux-Arts de Dijon.

image8Le portrait d’Isabelle du Portugal 

Troisième épouse de Philippe-le-Bon. Les futurs fiancés ne se sont jamais rencontrés, une délégation bourguignonne menée par de Roubaix, se rend au Portugal, Jan Van Eck est chargé de faire le portrait de la princesse. L’infante du Portugal est représentée, le visage pâle : signe de noblesse de celles qui se font servir, celles qui travaillent prenant des couleurs au soleil. La richesse est montrée par son hennin brodé de soie, d’or et de perles, et son collier d’or (elle apporte 25 000 couronnes d’or de dote). Sa robe est décolletée, fantaisie réprouvée par l’Eglise, qu’osent se permettre les femmes nobles, Aliénor d’Aquitaine avait aussi des robes fendues jusqu’en haut de la cuisse : le belle femme se montre pour faire envier son mari. Les cheveux sont épilés du front jusqu’au tiers

du haut de la tête. En cachant tous ses cheveux avec sa coiffure, Isabelle prend déjà le signe des femmes mariées : les cheveux étant considérés comme objet de séduction. Elle se présente soumise, le regard vers le sol. Les filles étaient mariées vers 15 ans, elle a 32 ans, ce mariage est donc très important pour elle. Le mariage a été célébré à Bruges, noces hors normes dont la fête dura une semaine. Les nouveaux époux, espoir de descendance, furent acclamés par la foule et mirent 2 h pour traverser la petite ville de Bruges.

Charles le TéméraireLe portrait de Charles-le-Téméraire de 1474

De trois-quart, il s’est fait représenter en guerrier : riche armure décorée du défenseur. Dorures, collier de la Toison d’Or, il lève son épée, prêt à attaquer. Le musée possède une seconde version avec moins de décorations. Regard de conquérant, les relations de Charles avec son père furent très houleuses.

  1. L’héritage du Téméraire est un conglomérat de territoires allant de la Bourgogne à la Hollande
  2. Le Téméraire s’attaque à la France, à l’Empire, à l’Angleterre, à des Cantons Helvétiques et d’autres. Il mène des campagnes dévastatrices en Picardie, Alsace, Lorraine et Suisse. Il a des moyens financiers, n’use pas de diplomatie et veut s’agrandir par la terreur.
  3. Mort du Téméraire : 2 jours après la bataille de Nancy, le corps du Téméraire est retrouvé, nu, au bord de l’étang Saint Jean, marécageux. Il a le crâne fendu jusqu’aux dents par un coup de hallebarde[ et une joue rongée par les loups. Nul ne peut dire avec certitude qui, dans la soldatesque anonyme, lui porta le coup fatal. La tradition relate qu’un obscur soldat nommé Claude de Bauzémont se serait jeté sur lui sans le reconnaître ; Charles aurait crié « Sauvez le duc de Bourgogne ! », mais ce cri, compris comme « Vive le duc de Bourgogne ! » aurait entraîné la mort immédiate de Charles.

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